La Vendée en tête des "départements heureux" Imprimer
Écrit par WEBMASTER TROOSPEANET   
Vendredi, 25 Février 2005 20:30

Attention ; Cet article date de 2002. L’express de mai 2006 a publié un classement dans lequel la Vendée est 3ème au général, mais première pour le dynamisme économique .

Il y a plusieurs manières de trouver son bonheur. Et donc plusieurs vainqueurs distingués, cette semaine, par L’Express. Au tableau d’honneur : la Vendée, l’Aveyron et la Haute-Garonne. ... Mais aussi l’Ille-et-Vilaine, les Yvelines, l’Isère. Ou encore les Alpes-Maritimes, la Haute-Savoie et le Maine-et-Loire. Les départements qui se distinguent dans les classements de L’Express raviront ici, surprendront là, choqueront sans doute ailleurs. C’est qu’il n’est pas indifférent d’établir un palmarès des départements où l’on vit le mieux.

 

On peut d’abord s’étonner de voir mis en avant l’échelon départemental. A l’évidence, celui-ci ne correspond pas aux bassins de vie réels des Français. Mais c’est encore moins le cas de nos 36 000 communes (trop petites) et de nos 22 régions (trop grandes). L’idéal serait naturellement un découpage correspondant exactement aux territoires vécus. Mais cela n’aurait pas évité un autre débat sur la pertinence de cette nouvelle division : le « pays » ? l’agglomération ? l’aire urbaine ? De plus, très peu de statistiques auraient été disponibles. Retenir le département était donc la solution de bon sens. Etant entendu que cela ne vaut pas approbation de l’échelon administratif en tant que tel, mais constatation qu’il est, encore aujourd’hui, à la base d’une grande partie des connaissances statistiques nationales.

Plus complexe encore est la définition du « bien-vivre ». Le caractère le plus original de l’enquête de L’Express a consisté à élaborer plusieurs classements. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas une, mais des manières de vivre heureux. Selon leur âge, la dimension de leur famille ou leurs centres d’intérêt, deux personnes habitant le même département ne portent pas la même appréciation sur leur cadre de vie. « Certains organisent leur vie autour de la cellule familiale, précise ainsi Robert Rochefort, directeur général du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Le choix de leur résidence principale dépend alors avant tout de l’environnement, de la qualité des établissements scolaires, de la densité des équipements sportifs et de loisir. D’autres s’inscrivent dans une logique plus individuelle : c’est leur carrière professionnelle qui prime et détermine leur lieu de résidence. Les enfants, quand ils en ont, suivent. »

Néanmoins, il est possible de distinguer quelques indicateurs incontestables, reconnus universellement comme facteurs de bien-être (qualité de l’air, espérance de vie, prix de l’immobilier, etc.) ou, au contraire, de mal-vivre (taux de chômage, taux de suicide, embouteillages, etc.). C’est à partir de ces seuls critères qu’a été établi notre premier palmarès, baptisé « indéniable ».

Au contraire, certains critères, essentiels pour quelques-uns, sont jugés accessoires par d’autres. Le nombre de salles de cinéma, la longueur des sentiers de grande randonnée, la présence ou non de grands centres urbains ne revêtent pas, à l’évidence, le même intérêt pour chacun. C’est pourquoi L’Express a élaboré trois autres classements, en fonction des modes de vie des Français.

Performances ou plaisirs simples ? Les « authentiques » privilégient l’être à l’avoir. Ils rejettent les idées de performance et d’accumulation quantitative, sont sensibles avant tout à la qualité de vie et volontiers sceptiques à l’égard du progrès. Il s’agit non pas exclusivement d’écolos barbus post-soixante-huitards mais, plus largement, de personnes que l’on pourra qualifier de « nature ». Pour ce deuxième palmarès, nous avons donc majoré les indicateurs concernant l’environnement, la vie collective, la culture, et minoré les critères concernant la richesse.

Les « performants », eux, cherchent à s’affirmer socialement (par la carrière) et économiquement (par la consommation). Plus individualistes que les « authentiques », ils ont une conception du bonheur qui suppose une activité économique dynamique, un certain niveau de revenu, une densité minimale d’activités culturelles. Pour ce troisième classement, nous avons donc valorisé les indicateurs relatifs à la richesse, à la culture et à l’éducation, et minimisé ceux qui concernent la vie collective, le coût de la vie et l’environnement. Car même si, bien entendu, ils souhaiteraient disposer d’un cadre de vie agréable et de prix bas, ils choisissent généralement d’habiter les grandes villes, malgré un environnement plus dégradé et des loyers plus élevés qu’en milieu rural.

Enfin, les « sereins » ne nourrissent aucune préoccupation ostentatoire, nul besoin effréné de consommation. Eux recherchent davantage la quiétude, la sécurité, les plaisirs simples de la vie. Pour ce dernier classement, nous avons donc mis en avant les indicateurs de sécurité, de santé, d’environnement et de vie collective, et minoré les critères de richesse, de dynamisme et de culture.

Bien évidemment, il s’agit là d’une typologie simplifiée, presque utopique. « Il serait impossible à quiconque de séparer les Français en trois catégories rigides et imperméables, souligne le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet. Personne n’est 100% authentique, 100% performant ou 100% serein. Mieux : chacun peut être tour à tour, au cours de son existence, voire au cours d’une même semaine, authentique, puis performant, puis serein. » Le médecin, en tant que médecin, peut être qualifié de performant. Mais il devient authentique si, le week-end, il participe à des randonnées. Il faut donc prendre ces « sociotypes » pour ce qu’ils sont : des tendances. On est « plutôt » authentique, « plutôt » performant ou « plutôt » serein. De ce point de vue, chacun saura sans doute trouver le classement correspondant le mieux à ses aspirations dominantes du moment.

En partant de cette analyse, nous avons élaboré une batterie de 61 indicateurs permettant de définir non pas le bonheur, qui ne se met pas en équation, mais la qualité de vie. Population, emploi, richesse, éducation, santé, vie collective, culture-loisirs, environnement : le bien-vivre n’a pas été mesuré seulement par le niveau de vie, mais aussi par la qualité de l’environnement, de l’offre culturelle, de la vie associative. C’est ce qui explique que Paris, qui n’a pas su concilier concentration de richesses et qualité de vie, ne soit bien classé que dans le palmarès « performant ». Systématiquement, nous nous sommes interrogés sur la pertinence des critères utilisés. Ainsi, nous n’avons pas retenu le taux de mortalité global, mais celui des moins de 55 ans, car beaucoup de Français changent de domicile au moment de leur retraite. Certains indicateurs, dont la pertinence paraissait suspecte (les points noirs en matière de bruit, par exemple, dont la définition est actuellement trop restrictive pour correspondre à la réalité perçue), ont été écartés. Tout comme ceux qui n’étaient pas disponibles sur une base départementale (nombre de sites pollués, PIB par habitant).

Dans la logique du recensement Tous les problèmes n’ont certes pas été résolus. La densité de médecins peut être vue comme un signe de qualité de soins (option que nous avons retenue) ou au contraire la marque d’un environnement pathogène. La proximité du littoral, prise en compte, fait l’impasse sur les lacs et les rivières. La richesse moyenne ne dit rien des inégalités de revenus. Il n’a pas été possible non plus d’inclure les départements d’outre-mer dans le classement, car de nombreuses données n’étaient pas disponibles.

Ces remarques, légitimes, marquent les limites d’une telle étude. Il n’empêche : si l’ordre, place à place, de nos classements doit être lu avec prudence, le positionnement d’un département en tête, au milieu, ou en fin de tableau ne relève pas du hasard. Le palmarès de la « performance », par exemple, distingue des territoires dotés d’une ou de plusieurs aires urbaines dynamiques, généralement des pôles universitaires à fortes capacités technologiques, comme la Haute-Garonne (Toulouse), l’Isère (Grenoble), l’Ille-et-Vilaine (Rennes), les Alpes-Maritimes (Nice-Cannes), le Bas-Rhin (Strasbourg), le Rhône (Lyon), la Loire-Atlantique (Nantes) et, naturellement, l’agglomération parisienne. Celui de la sérénité a une dominante plus rurale, avec notamment l’Aveyron, le Gers, le Tarn ou l’Ardèche.

Plus généralement, on peut constater que notre enquête « recoupe, bien souvent, les conclusions du dernier recensement de l’Insee » (1), comme le souligne le géographe Roger Brunet. Elle a également le mérite de mettre en avant, outre les grandes villes et le littoral méditerranéen, des départements dynamiques auxquels le grand public ne pense pas spontanément, notamment l’Ouest atlantique et certains départements ruraux.

Corollairement, les départements mal classés sont, le plus souvent, en perte de vitesse démographique : les Ardennes, la Haute-Marne, l’Aisne, la Seine-Saint-Denis, la Haute-Saône ou la Nièvre. « Inévitablement, votre palmarès heurtera les habitants des départements mal notés, car chacun est attaché à son lieu de naissance et d’habitat, prévient Roger Brunet. Mais il est conforme aux variations de population, qui est le meilleur indicateur des préférences des Français. »

(1) Insee première, nº 692, janvier 2000, Philippe Jullien.

Mise à jour le Mercredi, 23 Septembre 2009 21:36
 

Commentaires

avatar Philippe JULIEN
+12457
 
 
Bonjour,
Bravo pour votre article et en particulier pour votre remarque sur les territoires pertinents pour l'analyse.
A toutes fins utiles je vous signale les documents suivants de l'insee sur les "Bassins de vie". Il y en a et il y en aura d'autres mais le lecteur soucieux de ces questions territoriales y trouvera déjà bcp d'éléments.

81.255.68.41/fr/ffc/docs_ffc/bassins_vie/bassins_vie_def.htm
www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/bassins_vie/bassins_vie.htm

Pour info je suis l'auteur de l'article que R Brunet cite dans votre message et l'un des concepteurs des "bassins de vie", lorsque j'étais à l'Insee (je suis consultant désormais).

Cordialement
Philippe JULIEN
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